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« Je suis
très heureux de vous présenter maintenant votre acte de naturalisation. Le
voici. »
Pierre Melet
vient d’obtenir la nationalité de son père. Après toutes ces années
d’humiliation, il est aujourd’hui fier d’être allemand.
« Je suis très
heureux maintenant d’être un Allemand et un Français à la fois. C’est un
cadeau. J’ai un papa et une maman maintenant parce qu’en fait j’avais qu’une
maman. »
Pierre Melet est
né en 1941 d’une mère française et d’un père allemand. Officier dans la Wehrmacht,
celui-ci est arrivé en France comme des milliers de soldats après la défaite de
juin 40. Entre cette armée et la population française, des liens intimes vont
se nouer. Au total, quelques 200 000 enfants seraient nés de ces unions
franco-allemandes.
A la libération,
les femmes accusées de relations sexuelles avec l’ennemi sont tondues en public
et leurs enfants rejetés.
« Je crois
qu’elle aurait été heureuse quand même que, je suppose, qu’elle voie
aujourd’hui ce qui se passe, ce que je suis en train de vivre. »
Ce lourd secret, Erwin
Grinsky, né en 1944, l’a partagé toute sa vie avec sa mère aujourd’hui décédée.
De son père qu’il n’a jamais connu, il ne sait que peu de choses. Sa mère l’a
rencontré alors qu’elle était interprète au service de l’occupant.
« Tout ce
que je savais c’est que mon père il était infirmier dans la Croix-Rouge
allemande. C’est tout. Des bribes que ma mère de temps en temps me sortait.
Moi, je me faisais pas de souci, hormis qu’à l’école, bien sur, on me traitait
de sale boche. »
« Et vous
saviez pourquoi on vous traitait de sale boche ? »
« Parce
qu’un blond aux yeux bleus, qu’est-ce que vous voulez dire de plus. J’ai trouvé
ça… »
Mais un autre
mystère entoure sa naissance. Erwin Grinsky est né dans une drôle de maternité,
à Lamorlaye dans l’Oise, comme l’indique son extrait de naissance, un château
appartenant au chocolatier Menier.
« Moi je
connaissais le nom de chocolat Menier, c’est tout, mais le château je n’ai
aucun souvenir. J’étais trop petit. Je suis né là-bas, c’est tout. C’était une
clinique... oui, c’était une clinique d’accouchement, une maternité comme une
autre. »
En fait, une
clinique très spéciale. Dans ce manoir de Lamorlaye, les Allemands avaient
installé en 1943 un lebensborn, une maternité nazie, la seule à avoir existé en
France. Ici, des femmes célibataires, enceintes d’officiers SS, pouvaient
accoucher à condition d’y abandonner leur enfant. Des lieux tenus secrets à
l’époque, comme nous l’indique ce témoin.
« Y avait
rien qui transpirait. Y avait personne de Lamorlaye qui venait ici. Y avait personne de Chantilly qui venait ici. C’était top
secret. Alors ils avaient monté un haras si vous voulez où ils fabriquaient des
humains avec des Aryens, blonds, grands, aux yeux bleus et avec des femmes qui
étaient du même acabit. C’est tout ce qu’on savait. »
Créés en 1935,
les lebensborn devaient fabriquer la future élite du 3ième Reich,
des enfants de race aryenne. Ces nurseries SS ont essaimé dans plusieurs pays
d’Europe, essentiellement en Allemagne et en Norvège. Du lebensborn de
Lamorlaye aucune archive ne subsiste aujourd’hui sauf ce télégramme des
autorités allemandes ordonnant son évacuation en aout 44 face à l’avancée des
alliés.
Erwin Grinsky,
lui, avait déjà pris la fuite dans les bras de sa mère. De son passé, cet
enfant de la honte ne veut garder que cette image de bonheur, celle de ses
parents unis.
« Je suis
pas un enfant naturel. Je suis un enfant
de l’amour. La différence, elle est là, pour moi. »
65 ans après, les
plaies sont toujours à vif. Sur cette question longtemps taboue, seule un petit
nombre de ces enfants de la guerre accepte aujourd’hui de briser le
silence.